Raisonnement par récurrence

Principe général

Le raisonnement par récurrence ressemble à une rangée de dominos. Si le premier domino tombe (condition initiale) et si chaque domino qui tombe fait tomber le suivant (hérédité), alors tous les dominos tombent.

Les trois animations ci‑dessous montrent : quand tout fonctionne, ce qui se passe si le premier domino ne tombe pas, et ce qui se passe si la chaîne est rompue en cours de route.

1) Initialisation vraie et hérédité vraie : tous les dominos tombent.
2) Le premier domino ne tombe pas : la propriété n'est pas vraie au départ.
3) Rupture de la chaîne au rang 3 : l'hérédité ne fonctionne pas.

Méthode du raisonnement par récurrence

On veut montrer qu'une propriété \(P_n\) est vraie pour tout entier \(n \geq n_0\).

  1. Poser la propriété : écrire clairement \(P_n\).
  2. Initialisation : vérifier que \(P_{n_0}\) est vraie (c'est le « premier domino »).
  3. Hérédité : supposer qu'un certain entier \(n \geq n_0\) vérifie \(P_n\) (c'est l'hypothèse de récurrence) puis démontrer que cela implique \(P_{n+1}\).
  4. Conclusion : grâce au principe de récurrence, conclure que \(P_n\) est vraie pour tout \(n \geq n_0\).

Exemples détaillés

Exemple 1 – Divisibilité de \(4^n + 2\)

Montrer que pour tout entier naturel \(n\), le nombre \(4^n + 2\) est divisible par \(3\).

Pour tout entier naturel \(n\), on considère la propriété \[ P_n : « 4^n + 2 \text{ est divisible par } 3 ». \]

1) Initialisation

On commence par le plus petit entier considéré : ici \(n = 0\).

\[ 4^0 + 2 = 1 + 2 = 3. \] Or \(3\) est divisible par \(3\). Donc \(P_0\) est vraie.

2) Hérédité

On suppose maintenant qu'il existe un entier naturel \(n\) tel que \(P_n\) soit vraie. C'est notre hypothèse de récurrence :

\[ 4^n + 2 \text{ est divisible par } 3. \]

On veut montrer que \(P_{n+1}\) est vraie, c'est-à-dire que \(4^{\,n+1} + 2\) est divisible par \(3\).

On part de l'expression à étudier :

\[ 4^{\,n+1} + 2 = 4 \times 4^n + 2. \]

On cherche à faire apparaître \(\,\color{#d32f2f}{4^n + 2}\,\), qui figure dans l'hypothèse de récurrence :

\[ 4^{\,n+1} + 2 = 4 \times 4^n + 2\] \[ 4^{\,n+1} + 2 = (3+1)\times 4^n + 2\] \[ 4^{\,n+1} + 2 = 3 \times 4^n + 1 \times 4^n +2\] \[ 4^{\,n+1} + 2 = 3 \times 4^n + \color{#d32f2f}{\bigl(4^n + 2\bigr)}. \]

D'après l'hypothèse de récurrence, la quantité \(\color{#d32f2f}{4^n + 2}\) est divisible par \(3\). Le terme \(3 \times 4^n\) est aussi divisible par \(3\).

La somme de deux nombres divisibles par \(3\) est encore divisible par \(3\). Donc \(4^{\,n+1} + 2\) est divisible par \(3\) : la propriété \(P_{n+1}\) est vraie.

3) Conclusion

On a montré :

  • \(P_0\) est vraie (initialisation).
  • Pour tout entier naturel \(n\), \(P_n \Rightarrow P_{n+1}\) (hérédité).

Le principe de récurrence permet donc d'affirmer que, pour tout entier naturel \(n\), le nombre \(4^n + 2\) est divisible par \(3\).

Exemple 2 – Somme des carrés

Montrer que pour tout entier naturel non nul \(n\), \[ 1^2 + 2^2 + \dots + n^2 = \frac{n(n+1)(2n+1)}{6}. \]

Pour tout entier naturel non nul \(n\), on pose \[ P_n : « 1^2 + 2^2 + \dots + n^2 = \frac{n(n+1)(2n+1)}{6} ». \]

1) Initialisation

Pour \(n = 1\) :

\[ 1^2 = 1 \quad\text{et}\quad \frac{1 \times (1+1) \times (2 \times 1 + 1)}{6} = \frac{1 \times 2 \times 3}{6} = 1. \] Les deux expressions sont égales, donc \(P_1\) est vraie.

2) Hérédité

On suppose qu'il existe un entier naturel non nul \(n\) tel que \(P_n\) soit vraie :

\[ 1^2 + 2^2 + \dots + n^2 = \frac{n(n+1)(2n+1)}{6}. \]

On veut montrer que cela entraîne \(P_{n+1}\), c'est‑à‑dire :

\[ 1^2 + 2^2 + \dots + n^2 + (n+1)^2 = \frac{(n+1)(n+2)(2n+3)}{6}. \]

On part de la somme donnée par l'hypothèse de récurrence :

\[ {\color{#d32f2f}{1^2 + \dots + n^2}}\color{black} = {\color{#d32f2f}{\dfrac{n(n+1)(2n+1)}{6}}}\color{black}. \]

On ajoute jusqu'à \( (n+1)^2\) dans chaque membre :

\[ {\color{#d32f2f}{1^2 + \dots + n^2}}\color{black} + (n+1)^2 = {\color{#d32f2f}{\dfrac{n(n+1)(2n+1)}{6}}}\color{black} + (n+1)^2. \]

On factorise dans le membre de droite par \((n+1)\) :

\[ {\color{#d32f2f}{1^2 + \dots + n^2}}\color{black} + (n+1)^2 = (n+1)\left[\frac{n(2n+1)}{6} + (n+1)\right]. \]

On met tout au même dénominateur \(6\) :

\[ \frac{n(2n+1)}{6} + (n+1) = \frac{n(2n+1) + 6(n+1)}{6} = \frac{2n^2 + n + 6n + 6}{6} = \frac{2n^2 + 7n + 6}{6}. \]

D'où \[ 1^2 + \dots + (n+1)^2 = (n+1) \times \frac{2n^2 + 7n + 6}{6}. \]

On factorise enfin le polynôme \(2n^2 + 7n + 6\) : \[ 2n^2 + 7n + 6 = (2n+3)(n+2). \]

On obtient alors \[ 1^2 + \dots + (n+1)^2 = \frac{(n+1)(n+2)(2n+3)}{6}, \] ce qui est exactement l'égalité souhaitée pour \(n+1\). La propriété \(P_{n+1}\) est donc vraie.

3) Conclusion

On a montré que \(P_1\) est vraie, et que pour tout entier naturel non nul \(n\), \(P_n \Rightarrow P_{n+1}\). D'après le principe de récurrence, la formule est vraie pour tout entier naturel non nul \(n\).

Exemple 3 – Inégalité \(2^n \geq n + 1\)

Montrer que pour tout entier naturel \(n\), on a \(2^n \geq n + 1\).

Pour tout entier naturel \(n\), on pose \[ P_n : « 2^n \geq n + 1 ». \]

1) Initialisation

Pour \(n = 0\) : \[ 2^0 = 1 \quad\text{et}\quad 0 + 1 = 1. \] On a bien \(2^0 \geq 0 + 1\). Donc \(P_0\) est vraie.

2) Hérédité

On suppose qu'il existe un entier naturel \(n\) pour lequel \(P_n\) est vraie :

\[ 2^n \geq n + 1. \]

On veut montrer que cela implique \[ 2^{\,n+1} \geq n + 2. \]

On écrit \[ 2^{\,n+1} = 2 \times 2^n. \] En utilisant l'hypothèse \(\color{#d32f2f}{2^n \geq n + 1}\), et en multipliant chaque membre par 2 on obtient \[ \color{black}2 \times \color{#d32f2f}{2^n \geq} \color{black}2 \times \color{#d32f2f}{(n + 1)} . \]

Et donc : \[ 2^{\,n+1}\geq 2n + 2 \]

De plus, pour tout entier \(n \geq 0\), \[ 2n + 2 \geq n + 2 \] car \(2n + 2 - (n + 2) = n \geq 0\).

Ainsi \[ 2^{\,n+1} \geq n + 2 \] et \(P_{n+1}\) est vraie.

3) Conclusion

On a \(P_0\) vraie et, pour tout entier naturel \(n\), \(P_n \Rightarrow P_{n+1}\). Par récurrence, pour tout entier naturel \(n\), on a bien \(2^n \geq n + 1\).

Exemple 4 – Suite définie par récurrence

On considère la suite \((u_n)\) définie par \[ u_0 = 1 \quad\text{et}\quad u_{n+1} = 2u_n + 1 \quad\text{pour tout entier } n \geq 0. \] On veut démontrer, par récurrence, que pour tout entier \(n\), \[ u_n = 2^{\,n+1} - 1. \]

Pour tout entier \(n\), on pose \[ P_n : « u_n = 2^{\,n+1} - 1 ». \]

1) Initialisation

Pour \(n = 0\), on calcule \(u_0\) à partir de la définition : \[ u_0 = 1. \] De l'autre côté, la formule à démontrer donne \[ 2^{\,0+1} - 1 = 2^1 - 1 = 2 - 1 = 1. \] On obtient bien la même valeur. Donc \(P_0\) est vraie.

2) Hérédité

On suppose qu'il existe un entier naturel \(n\) tel que \(P_n\) soit vraie, c'est‑à‑dire :

\[ u_n = 2^{\,n+1} - 1. \]

On veut montrer que cela implique \(P_{n+1}\), c'est‑à‑dire \[ u_{n+1} = 2^{\,n+2} - 1. \]

On part de la relation de récurrence : \[ u_{n+1} = 2u_n + 1. \] On remplace \(u_n\) par l'expression de l'hypothèse de récurrence \(\,\color{#d32f2f}{u_n = 2^{\,n+1} - 1}\,\) :

\[ u_{n+1} = 2 \times \color{#d32f2f}{\bigl(2^{\,n+1} - 1\bigr)} \color{black}+ 1 = 2 \times 2^{\,n+1} - 2 + 1. \]

Or \(2 \times 2^{\,n+1} = 2^{\,n+2}\). Donc \[ u_{n+1} = 2^{\,n+2} - 1, \] ce qui est exactement la formule annoncée pour le rang \(n+1\). La propriété \(P_{n+1}\) est donc vraie.

3) Conclusion

On a vérifié que \(P_0\) est vraie puis que, pour tout entier naturel \(n\), \(P_n \Rightarrow P_{n+1}\). D'après le principe de récurrence, pour tout entier naturel \(n\), \[ u_n = 2^{\,n+1} - 1. \]